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Parcours croisés en recherche décoloniale

June 04, 2024 Les cafés du CREFO Season 5 Episode 4
Parcours croisés en recherche décoloniale
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Parcours croisés en recherche décoloniale
Jun 04, 2024 Season 5 Episode 4
Les cafés du CREFO

En collaboration avec l’Observatoire Nord/Sud de l’Université Sainte-Anne, Amal Madibbo, membre du CREFO, s'entretient avec Sandrine Mounier, Associée de recherche à l’Université Sainte-Anne.

Sandrine Mounier est membre de l’équipe de l’Observatoire Nord/Sud depuis janvier 2024 et chercheure postdoctorale dans le cadre du projet Vers l’Acadie de l’avenir ? Enjeux et espoirs autour du Congrès mondial acadien. Cette initiative s’intéresse à l’impact social et aux effets identitaires du prochain CMA, qui se déroulera du 10 an 18 août 2024 dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, notamment en ce qui concerne des questions de diversité et d’inclusion. Tout en coordonnant ce projet qui bénéficie d’une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines, madame Mounier mène ses propres recherches sur la diversité en milieu francophone.

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En collaboration avec l’Observatoire Nord/Sud de l’Université Sainte-Anne, Amal Madibbo, membre du CREFO, s'entretient avec Sandrine Mounier, Associée de recherche à l’Université Sainte-Anne.

Sandrine Mounier est membre de l’équipe de l’Observatoire Nord/Sud depuis janvier 2024 et chercheure postdoctorale dans le cadre du projet Vers l’Acadie de l’avenir ? Enjeux et espoirs autour du Congrès mondial acadien. Cette initiative s’intéresse à l’impact social et aux effets identitaires du prochain CMA, qui se déroulera du 10 an 18 août 2024 dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, notamment en ce qui concerne des questions de diversité et d’inclusion. Tout en coordonnant ce projet qui bénéficie d’une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines, madame Mounier mène ses propres recherches sur la diversité en milieu francophone.

Joey [00:00:03] En collaboration avec l'Observatoire Nord-Sud de l'Université Sainte-Anne, Amal Madibbo, membre du CREFO, a une conversation avec Sandrine Mounier, associée de recherche à l'Université Sainte-Anne. Bienvenue à Quoi de neuf? 

 Sandrine [00:00:33] Bonjour Amal! 

 Amal [00:00:34] Bonjour Sandrine!

 Sandrine [00:00:36] Donc nous sommes aujourd'hui à l'observatoire Nord-Sud en Nouvelle-Écosse, à Pointe-de-l'Église. 

 Amal [00:00:47] C'est une discussion entre... 

 Sandrine [00:00:50] Comment vas-tu? 

 Amal [00:00:50] Moi, je vais très bien, merci. Très contente d'être avec vous ici à l'Université Sainte-Anne et dans le cadre de cette rencontre. Et puis d'autres rencontres également d'autres activités qui se font dans le cadre des activités de la Chaire de recherche en études académiques et diasporiques qui est en fait à Professeur Clint Bruce. 

 Sandrine [00:01:23] Oui. Donc je suis Sandrine Mounier et tu es Amal Madibbo. 

 Amal [00:01:28] Oui, c'est ça. 

 Sandrine [00:01:30] Et nous sommes vraiment heureux de te rencontrer et de t'accueillir ici, donc à l'observatoire pendant quelques jours. 

 Amal [00:01:39] Merci de cet accueil très chaleureux et très fructueux.  

 Sandrine [00:01:50] Nous sommes vraiment heureux de t'avoir ici. Est-ce que tu pourrais te présenter un petit peu, d'où tu viens? 

 Amal [00:01:59] Oui, certainement. Donc, je suis professeure agrégée à OISE, donc c'est l'Institut d'études pédagogiques de l'Ontario à l'Université de Toronto et je fais partie du Département de la justice sociale en éducation et également d'un centre de recherche, centre francophone très actif comme le vôtre, qui est le CREFO, le Centre de recherches en éducation franco-ontarienne. Et donc ça, c'est au niveau de mon travail, un contexte que j'aime beaucoup, que j'apprécie beaucoup de par le travail décolonial, le travail de justice sociale, d'antiracisme, anti-oppression qui se produit là-bas et qui me permet donc de joindre ce mouvement qui m'intéresse en fait, qui correspond tout à fait à mes objectifs et à mes intérêts de recherche et mes intérêts comme citoyenne de manière générale. Et toi, quelle est ta trajectoire? 

 Sandrine [00:03:16] Ma trajectoire, elle est un peu en dents de scie ou je ne sais pas. Ce n'est pas vraiment un chemin, on va dire tout fait. Mais donc actuellement, je suis post-doctorante, donc ici à l'observatoire Nord-Sud. Ça fait deux ans que j'ai eu mon doctorat. C'était un doctorat en études urbaines pour lequel j'ai étudié les relations interculturelles dans les espaces de quartier et notamment surtout dans les bibliothèques publiques. Et si je suis arrivée à faire des études urbaines, c'est parce qu'à la base, j'étais architecte en France et quand j'ai voulu continuer mes études parce que c'était une reprise d'études, j'étais architecte, je travaillais en agence, mais je voulais comprendre un peu plus comment les gens vivaient les espaces que je pouvais dessiner avant. Et donc là, je voulais comprendre un peu plus, c'est ça les relations sociales par exemple dans l'espace. Et surtout j'ai été très intéressée par toutes les questions d'appartenance à l'espace. Et donc c'est pour ça que j'ai voulu faire un doctorat et j'ai choisi un doctorat en études urbaines parce que c'était, on va dire, un peu plus lié à ce que je faisais avant, mais c'était aussi parce que ça combinait cette question-là qui m'intéressait vraiment du côté de l'appartenance à l'espace. Et j'ai voulu, pour des intérêts très personnels, m'intéresser à l'appartenance spatiale des personnes immigrantes parce que j'avais des personnes qui étaient très proches de moi, qui étaient des personnes immigrantes, et peut-être parce que je voulais aussi comprendre ce qu'ils pouvaient vivre. Mais là, c'était en France à l'époque. Je me suis dit que je voulais comprendre ça. Et c'est comme ça que j'ai voulu faire un doctorat un peu sur ce sujet-là. Et puis ça a amené à beaucoup plus avec les questions de relations sociales dans l'espace, de relations interculturelles, parce qu'il y avait beaucoup de recherche qui avait été faite dessus, puis aussi parce que je pense que tout de suite, quand j'ai commencé à lire dessus, j'ai vraiment été très, très intéressée et j'ai beaucoup aimé toutes les questions de... Ça rejoignait l'appartenance, toutes les questions de la production de l'identité ethnoculturelle. Il y a aussi ces questions d'appartenance. Donc c'est à partir de là, en fait, quand j'ai plongé dans ce domaine-là, je trouvais ça vraiment passionnant, tout ce qui est question d'appartenance ethnoculturelle. Et puis c'est comme ça que c'est venu vraiment mon intérêt. Et c'est comme ça que j'ai eu mon doctorat il y a deux ans. Et puis maintenant, je suis ici à l'Observatoire, où j'étudie aussi les appartenances ethnoculturelles. C'est ça le lien. 

 Amal [00:06:42] Oui, ça c'est vraiment beau et intéressant. Donc, le même aspect pour moi, c'est que mes intérêts de recherche et mes recherches traitent, en fin de compte, de la justice sociale, la justice sociale dans une perspective humaniste parce que je crois fortement à l'humanisme, à l'instar des philosophies africaines, par exemple par l'entremise surtout du traditionalisme africain, donc dans le cadre des coutumes ou des systèmes de savoirs indigènes africains, surtout de l'Afrique noire où j'ai grandi, que ce soit par l'entremise des travaux de Senghor ou des philosophies comme les philosophies, cette gamme de philosophie bantoue. En fait, on les appelle des philosophies bantoues, que ce soit umoja, ou l'ubuntu, ou d'autres. Au Soudan, on appelle cette philosophie-là, la philosophie des Dinka. Et on a également une philosophie semblable qui est basée sur l'islam et la culture musulmane. Donc le partage humain et le respect humain mutuel pour moi, ça c'était toujours central. Et donc c'est dans cette perspective-là que j'envisage la justice sociale. Donc ça peut être maintenant par l'entremise de la décolonisation, de l'anti-oppression de manière générale, contre les effets du colonialisme donc anti-oppression qui combat les intersectionnalités de plusieurs types d'injustice sociale, le racisme, le sexisme, l'islamophobie et ainsi de suite. Et dans ce cadre-là où j'ai grandi, en fait au Soudan surtout, c'était et c'est toujours une société très multiculturelle. Là où on vit vraiment le multiculturel, au niveau de la vie quotidienne, très diversifié. Si on prend même le quartier où j'ai grandi comme exemple, micro-exemple, il y avait même au niveau de notre famille, on était des familles très mixtes, mixtes au niveau culturel, ethnique et racial, soudanais et puis régional et également international. Et ça, c'est juste un exemple d'une seule famille, donc ça s'appliquait également à nos voisins. Donc j'ai vraiment grandi avec le multiculturalisme dans un sens où, on peut dire que maintenant c'était un multiculturalisme, c'est un multiculturalisme critique parce qu'on le vit également, et on le vit en fait surtout, on le vit ensemble. Et donc je me suis aperçue qu'il y avait l'humanisme en lien avec le multiculturalisme, et puis les mouvements, parce qu'il y avait ce multiculturalisme qui, en fait, existait, et il existe toujours, à cause des mouvements. Donc pour le regrouper comme ça, c'est sur une thématique donc des migrations. Migrations locales, nationales, régionales, continentales et aussi internationales. Donc comme ça, j'ai grandi, en effet, interpellée par cette intersectionnalité de ces éléments. Ce qui m'a poussée donc à être intéressée et encouragée à étudier les cultures, les diversités culturelles, la philosophie, des philosophies qui reflètent plusieurs perspectives et modes de vie, donc diverses. Mais ça c'est vraiment la diversité dans le sens de l'unité également, encore une fois, les perspectives du multiculturalisme. Après ça, ce qui m'a en fait encouragée ici à voyager beaucoup au Soudan, et puis à l'extérieur du Soudan. Et je veux que le voyage m'apprenne beaucoup. Et donc j'ai développé également un intérêt à l'immigration. C'est un intérêt que j'ai développé et que je suis toujours en train de développer dans le cadre de mes recherches. Et quand je parle immigration, je parle également citoyenneté parce que comme je m'intéresse à l'immigration des communautés racialisées, en l'occurrence des Noirs, et on sait que, à cause du racisme et d'autres formes d'injustice sociale, donc d'oppression, certains groupes sont perçus comme étant des immigrants et puis immigrants de façon permanente et d'autres ne sont pas perçus comme immigrants mais comme citoyens à part entière tout de suite. Donc c'est un élément fondamental troublant aussi qui est lié à l'immigration. C'est pour ça que j'associe l'immigration toujours à la citoyenneté, parce que les immigrants deviennent des citoyens. Et puis il y a une grande diversité comme vous savez, au sein des communautés immigrantes. La première génération, il y a déjà une diversité, deuxième génération, troisième génération, quatrième et plus. Cela m'a amenée, de par mon appartenance moi aussi, mes identités multiples qui se croisent, donc à m'intéresser à l'immigration francophone. J'avais toujours été intéressée par la francophonie et j'étais toujours intéressée aux études noires. Encore une fois, ayant grandi au Soudan où on a vraiment une histoire très longue, riche, enrichissante, par exemple, les civilisations de Koush, les civilisations nubiennes, des civilisations qui ont en effet précédé les civilisations de l'Égypte, des pyramides, des pharaons. Mais ces civilisations ont en fait surgi, émergé en Afrique noire, ce qui est maintenant le Soudan et puis se sont développées et ont déménagé. Donc déménagé, bougé, donc une sorte de migration de l'Afrique centrale [...] entre l'Afrique centrale, l'Afrique du Nord, donc de là on est au Soudan, présentement la Nubie, suivant le Nil, jusqu'en Egypte. Donc ces civilisations pharaoniques noires n'ont pas vraiment commencé, débuté en Egypte, mais en fait l'Égypte c'est la fin de la civilisation, une civilisation qui était établie par des Noirs, ce qui va dans le sens des écrits de Cheikh Anta Diop, les origines africaines noires de ces civilisations. Donc pour moi, grandir dans ce contexte-là et très très près des pyramides, de plusieurs sites de pyramides, parce qu'en effet, le nombre le plus élevé de pyramides dans le monde c'est au Soudan. Donc ça m'a toujours intéressée à l'histoire et donc surtout de l'histoire noire, sachant que donc l'histoire noire est négligée de manière significative et troublante et donc il y avait là mon intérêt à la francophonie. Donc j'ai regroupé les deux ensembles. Et là, comme ça, j'ai commencé à m'intéresser à ce croisement entre les études noires et les études francophones. Mais de toute façon, il y a des francophones qui sont également noirs et vice versa. Il y a des chercheurs, donc qui sont également francophones, qui sont également noirs et vice versa. Donc le croisement est là depuis longtemps. C'est maintenant la conceptualisation de l'intersectionnalité de ces deux domaines qui en fait représentent les deux ensembles, deux grands mondes. Vraiment un monde, le monde dans un sens diasporique. Et donc je trouve ça, pour moi en fait, très fascinant de réitérer et de couvrir davantage les liens entre la francophonie et l'immigration. Donc de ce fait, je fais de la recherche, depuis longtemps maintenant, sur l'immigration francophone, mais l'immigration francophone noire, pas dans un sens au sens normatif, discriminatoire, qui signifie tout de suite que les immigrants noirs sont des immigrants récents et puis qu'ils ne deviennent pas citoyens. C'est le contraire de ça. Donc, puisqu'il s'agit des Noirs francophones... ma recherche auprès des Noirs francophones, ce n'est pas seulement un cas d'étude, mais c'est un site de théorisation, un site de réflexion qui nous amène à réfléchir, à questionner. Vous avez fait référence aux identités, donc les appartenances, les identités et puis les faits historiques, structurels, systémiques, les inégalités sociales, mais également les égalités sociales, donc la justice sociale, qui ont un impact principal significatif sur les migrations. Je m'intéresse également, dans ce cadre-là, à la communauté soudanaise au Canada, donc soudanaise canadienne, à cause de la présence d'une communauté soudanaise importante et très active, où beaucoup d'activités mais pas seulement activités... pour l'instant on peut dire les activités souvent se produisent et montrent vraiment la créativité oui, mais également la volonté de cette population comme étant une population noire majoritairement musulmane arabophone maintenant, de première, deuxième ou troisième générations de Soudanais. Donc, j'envisage cette communauté comme un site encore une fois de théorisation, mais un site également de tensions, parce qu'il ne faut pas nier les tensions. Mais il y a aussi, comme vous le savez, des façons fructueuses de mitiger ou même parfois de vivre avec les différences. Il y a des buts communs, que ce soit le bien-être de la communauté, l'inclusion de la communauté comme communauté des citoyens citoyennes au Canada, la question de la jeunesse. On voit des jeunes noirs nés au Canada, il y en a beaucoup qui sont nés au Canada, pour venir encore aux côtés de l'appartenance et des identités, qui s'identifient comme Canadiens mais ils ne sont pas forcément acceptés comme tels, ce sont des jeunes, noirs, musulmans, il y en a qui ne sont pas musulmans également, mais qui se sentent musulmans, donc à cause de l'islamophobie, le profilage racial, ils se font rappeler qu'ils n'appartiennent pas à cet espace. Cet espace n'est pas le leur. Mais face à cela, donc les jeunes, vraiment la jeunesse est une génération très révolutionnaire, donc je ne dirais pas qu'ils s'adaptent, en fait les jeunes rejettent ces discriminations pour se faire une place dans la société canadienne, pour réclamer le Canada. Il y en a qui réclament la francophonie canadienne comme étant la leur, ils s'approprient ces espaces. Donc ce qui, en fait, également inclus les questions des identités et appartenances, comme on a dit, intersectionnalité d'identités, identités multiples, quand les identités sont contestées qu'est-ce que l'on fait. Comment est-ce qu'on arrive à avoir des identités qu'on accepte soi-même, même si ces identités ne sont pas forcément négociées dans l'ensemble de la société de façon équitable et ainsi de suite. Pour l'instant, je m'arrête là, je m'excuse, j'ai beaucoup parlé. Donc tu viens de la France en principe. Je n'impose pas une identité, mais je pense que tu m'as dit qu'en fait tu étais en France, tu as déménagé ou immigré au Canada? 

 Sandrine [00:20:57] Oui. Bien moi, justement en t'écoutant, je me rends compte qu'on a un parcours très différent, mais après ça peut des fois se rejoindre, comme quoi il n'y a pas de chemin prédéterminé. Moi à la base, je suis née en France, dans un endroit où on dit qu'il y a très peu d'immigrants. Je me dis que ce n'est pas nécessairement vrai, mais en tout cas, c'est ce qu'on pense que traditionnellement, il n'y a pas beaucoup d'immigrants. Mais ça change beaucoup. Je pense à chaque fois que j'y reviens, là, je me dis mais en fait ça change beaucoup, beaucoup. Mais comme je suis née en région rurale, j'avoue que je n'ai pas vraiment grandi dans un endroit qu'on peut dire qu'il est multiculturel par exemple. C'est plutôt assez homogène, mais c'est ça. Donc des fois, quand je me pose la question pourquoi j'ai eu cet intérêt depuis... Parce que j'ai quand même eu cet intérêt assez jeune. Pourquoi? Je ne sais pas. C'est toujours une question que je me pose. Pourquoi j'ai eu cet intérêt-là? Parce que ça venait quand même assez rapidement dans ma jeunesse que j'étais quand même aussi intéressée par les questions aussi de justice sociale par exemple. Mais pourquoi exactement? Je ne sais pas. Moi je pense que je suis vraiment un produit, on va dire, peut-être des années 80. Je suis née dans le milieu des années 80 en France et puis peut-être qu'à cette époque-là, on parlait de toutes ces questions-là quand même beaucoup à la télé. Donc je me dis que ça a dû s'imprimer quelque part. Et puis après, quand j'ai grandi, c'est plutôt quand je suis arrivée à l'université où là, j'ai vraiment rencontré beaucoup plus de personnes immigrantes, et puis c'était intéressant, mais je n'avais vraiment pas conscience justement, comme toi, tu peux dire que tu avais conscience de toutes ces questions de multiculturalité, d'intersectionnalité. Moi j'avoue que je n'avais pas du tout conscience de ça. Ce n'est pas que j'avais pas conscience qu'on pouvait avoir des identités multiples. Mais on ne se pose pas nécessairement beaucoup la question peut-être. Et puis en fait... Mais justement, c'était peut-être ça. J'étais peut-être à la recherche de ce genre de réponses. J'ai commencé à lire beaucoup quand j'étais justement à l'université où je lisais, je me souviens beaucoup de choses sur par exemple le colonialisme, ce genre de choses-là. Je voulais comprendre les choses peut-être parce que je rencontrais des personnes qui pouvaient me faire changer les idées et pouvaient me faire comprendre de nouvelles choses. Et donc c'est ça en fait, je n'avais pas vraiment cette conscience-là, mais c'est justement quand après je suis venue au Canada, on va dire que oui, donc oui ça fait dix ans presque là maintenant que je suis arrivée au Canada pour faire mon doctorat, comme je l'ai dit, c'était pour faire un doctorat quand même en lien avec l'immigration. Mais c'était beaucoup, beaucoup quand même, l'appartenance à l'espace qui m'intéressait, la notion de chez soi. Et puis l'axe était via l'immigration en fait quand même où ça a ramené ces deux intérêts, on va dire ça. Et en fait, c'est vraiment au Canada où j'ai vraiment compris ces questions d'interculturalité, de multiculturalité même si depuis le début je savais que j'allais m'intéresser à l'interculturalité. Mais je pense que...en tout cas, moi dans mon cas, tant que je ne l'avais pas vécu, c'est comme si c'était un peu abstrait. Et en fait, j'ai vraiment pu, je pense, le saisir et le comprendre à Montréal, parce que là on est vraiment un espace multiculturel. J'ai pu rencontrer beaucoup d'immigrants. C'est ça, mon intérêt c'était vraiment beaucoup, beaucoup les questions de relations interculturelles. Et puis bien sûr, quand on arrive à ces questions-là, à ces sujets-là, il y a la question surtout beaucoup, je pense, au Québec, il y a beaucoup ces questions de relations entre rapports entre les minorités et la ou les majorités, dépendamment de ce que les gens entendent par ça. Il y a beaucoup cette question-là qui est importante. Donc tous ces rapports de groupe, en fait, qui m'a vraiment intéressée, et c'est par là où j'ai vraiment commencé à comprendre ces questions de, par exemple, que l'identité vraiment, c'est quelque chose... même si je le sentais avant. Mais on n'arrive pas, je n'avais pas les mots pour pouvoir le comprendre, pour pouvoir le dire. Par exemple que l'identité c'est quelque chose, en tout cas l'identité ethnoculturelle c'est un construit social et non pas quelque chose qui est essentiel. Des choses qu'on ne se pose pas nécessairement la question justement quand on est en France, dans un milieu français un peu homogène, on est Français puis c'est tout. On n'a pas vraiment cette conscience-là que l'identité ethnoculturelle, c'est quelque chose, c'est un construit social. Et j'ai aussi en même temps plongé un peu parce qu'au début j'avais un axe un petit peu à vouloir m'intéresser à l'expérience plus spécifique des femmes, mais c'était au début, c'était juste... je me suis dit je vais l'intégrer dans ma thèse parce que ou dans ma recherche de thèse, parce que je veux comprendre s'il y a des variations, mettons, entre les hommes et les femmes. Puis en fait, là, ça a rajouté, on va dire, une couche que j'ai pu beaucoup plus comprendre en lisant bien sûr dessus, j'ai beaucoup plus compris les rapports de genre, les dynamiques de genre. Donc c'est par ce biais là que j'ai pu découvrir toutes les questions intersectionnelles et que en fait, c'est vraiment un objet complexe et que nous sommes des objets complexes et que la société, les sociétés sont des objets complexes. Et en fait, je trouve ça fascinant parce que c'est comme différent partout et on pourrait jamais terminer en fait. C'est comme si on pouvait... Mais même la recherche qu'on fait aujourd'hui n'est pas la même recherche qu'on pourrait faire demain même au même endroit.... 

 Amal [00:28:52] Ce qui est bien. 

 Sandrine [00:28:54] Ce qui est magnifique je trouve. En fait, on ne peut jamais s'arrêter, on sait qu'on aura du travail toute notre vie, normalement. Puis c'est surtout que c'est passionnant. Donc c'est comme ça, en fait, moi que je suis arrivée dans toutes ces questions d'intersectionnalité. Après l'immigration, même s'il y avait quand même un intérêt par rapport au fait que ça faisait vraiment forcément partie de mes questions dans le sens où l'interculturalité, mais l'interculturalité, ce n'est pas nécessairement des immigrants. Comme tu as dit, il y a plusieurs générations. Donc c'est pour ça que c'était pas non plus un axe très très important par exemple dans ma recherche. C'était pas l'immigration, mais les questions d'immigration pour moi sont devenues plus importantes finalement mais d'un point de vue personnel, parce que j'étais immigrante, puis je voyais autour de moi les personnes qui passaient par des parcours d'immigration. Je l'avais déjà vécu en France justement, mais on va dire que c'était un peu par procuration ce que j'avais vécu en France avec des personnes qui étaient vraiment très proches de moi. Donc j'avais déjà vu quelque chose en France, mais là je le voyais avec des personnes qui étaient aussi proches de moi aussi au Canada quand je suis arrivée au Canada, mais aussi parce que moi je le vivais au final. Donc là, ça a apporté un axe un peu aussi qui a fait que je me suis vraiment intéressée à ces questions-là. Mais tout le temps en ayant conscience qu'en fait, chacun a un parcours assez différent, mais aussi beaucoup d'un point de vue de nos origines parce que là finalement on parle de nos origines. Mais quand on parle de nos origines, on peut aussi parler de qui nous sommes. Et j'ai toujours eu conscience, enfin en tout cas, j'ai vraiment pris conscience aussi que j'étais une privilégiée sur beaucoup de chose en tant qu'immigrante justement. Moi je suis blanche, j'ai quand même une certaine éducation. Donc, je me suis souvent dit que déjà, on vit des choses particulières quand on est immigrant. Tous les immigrants, je pense, vivent des changements d'identité. Mais on ne vit pas ça nécessairement tout à fait de la même manière en fonction des privilèges qu'on peut avoir. Et en fait, j'essaie vraiment d'intégrer ça, en tout cas dans ma perspective.  Et puis ça rejoint toutes ces questions d'intersectionnalité. Donc, je vois qu'on a quand même, même si on arrive de quelque chose toi et moi, on a des origines très différentes, puis finalement on arrive aujourd'hui à parler ensemble. Donc, c'est intéressant aussi de voir que finalement il peut y avoir là aussi des croisements. 

 Amal [00:32:48] Exactement. Oui, merci pour partager tout ça. C'est vraiment intéressant et ça fait partie pour moi de l'humanisme selon les philosophies africaines de l'Afrique noire que j'apprécie parce que ça m'apprend aussi... donc ces philosophies m'apprennent à voir la différence et la similarité autrement. Donc pas dans son sens de rapport de pouvoir inéquitable ou même équitable, mais dans un sens de ce partage humain qui est certainement équitable comme ça devrait l'être, mais qui me rappelle que oui, on est différents, mais la différence ne pose pas un problème, au contraire. La différence nous amène peut-être à réfléchir ou à identifier des buts communs, des expériences communes, ou des goûts communs en se basant sur la différence. Et la similarité n'indique pas qu'on est similaire, donc on collabore comme privilégié pour dominer d'autres. Mais la similarité amène, également les deux, au renforcement de l'humanisme. Les voix sont différentes et même divergent peut-être, mais en fin de compte, il y a des éléments de rencontre entre nous comme humains, comme femmes, comme citoyennes, citoyens qui visent la justice sociale. Un des chercheurs que j'apprécie beaucoup, Phil Ryan, qui justement, dans un livre qui traite de multiculturalisme canadien, fait référence pas seulement à cette question de... mais tout ça je l'ai appris en héritage africain noir, mais en fait que les trajectoires, même quand on n'a pas vraiment un poids historique semblable, si c'est possible, à un moment donné, je me dis...tu connais ça bien sûr beaucoup mieux que moi... je pense qu'à un moment, oui, on peut dire qu'on a une histoire différente, mais c'est pas ça. Mais même quand l'histoire est différente, donc l'histoire ne nous amène pas ensemble comme une valeur symbolique d'identité qui permet les gens à renforcer une identité collective, si le côté historique n'existe pas, mais il y a le présent mais il y a surtout l'avenir. Notre avenir, l'avenir de notre nation, de notre monde, génération à venir. Oui, je trouve ça vraiment fabuleux. Encore une fois merci de ce partage. Ça me fait donc penser aussi au pouvoir des femmes. J'ai été élevée par une mère seule et ses cousines et donc c'était une génération, un groupe féministe très actif, qui en effet a un esprit [...] elles-mêmes se sont inspirées, mais qui ont également inspiré leur génération de féminisme. Ce qui m'amène brièvement au féminisme, afro-féminisme dans le continent. Un féminisme bien sûr très établi, qui a précédé, ce n'est pas une question de compétition, mais qui a précédé le féminisme occidental de très longtemps. La génération de ma mère, donc la génération qui m'a élevée, ne s'est pas battue pour obtenir, par exemple, le droit de vote, parce que cela a été déjà acquis longtemps avant cela, ni pour l'équité du salaire parce que ça aussi ça a été acquis longtemps avant, je ne dirais pas avant l'Occident, parce qu'en Occident on a toujours, même au Canada aujourd'hui, un problème de cet écart de salaire, d'équité en termes de salaires. Mais ce n'est pas pour dire que le féminisme occidental nous est pas important, mais c'est juste pour souligner qu'en effet le féminisme africain dans ce cas est vraiment très fort et très bien établi. Et moi j'ai été vraiment chanceuse. Je suis chanceuse d'avoir été élevée par deux générations de féministes. D'abord celle de ma grand-mère, qui était très féministe à sa façon, à la façon de la société où elle a vécu, mais très féministe et aussi celle de ma mère et de mes tantes. Et c'est en fait ces générations qui m'ont appris la justice sociale. On ne l'appelait pas justice sociale. Mais maintenant je sais que c'est la justice sociale, l'analyse de notre société, qui on est, qui sont nos voisins, qu'est-ce que ça nous dit, nous apprend au niveau du pays, au niveau de l'Afrique, au niveau du monde. Et dans ce sens-là, comme oui, j'ai toujours compris mais aussi apprécié l'immigration. Et maintenant, quand j'ai commencé à lire sur la mondialisation il y a quelques années, je me suis aperçue et rendu compte que, en effet, j'étais déjà familière avec... je comprenais et j'appréciais déjà la mondialisation, même la mondialisation dès ses racines. Parce que l'immigration maintenant, à laquelle toi et moi nous faisons référence, qui est très liée, comme on le sait, à la mondialisation, est contemporaine, n'est-ce pas? Mais la mondialisation a débuté très longtemps avant cela. Je pense, entre autres, ça aussi je l'ai appris en grandissant au Soudan, mais surtout dans la partie musulmane du Soudan. Dès l'enfance, on nous a appris les voyages et les écrits de Ibn Battuta, Abdallah Ibn Battuta, un grand voyageur musulman qui a voyagé à travers trois continents, Afrique, Europe, Asie pendant 30 ans. Il a commencé son voyage, globalisation, mondialisation à un âge très jeune et ses écrits documentent mais également analysent tout ce qu'il a rencontré en passant par...  mais ce n'était pas juste en passant, il est également resté dans des pays, parfois deux ans, parfois plus. Et puis il a créé, comme tu as fait référence à ce dialogue entre nous, on arrive à parler ensemble malgré certaines différences, ou peut-être à cause de ces différences, pourquoi pas. Donc lui dans son voyage physique comme ça, il a également fait ça. Donc il a décrit et analysé des cultures, des coutumes, il a fait des illustrations, beaucoup. Il avait également un intérêt dans le ... moi, je l'appelle la sociologie urbaine parce que je suis sociologue. Mais l'urbanité fait sens de cela. Donc à mon avis, il a décrit des villes, y compris toutes les structures, comment les édifices sont établis, pourquoi et de quoi. Donc, à mon avis, Ibn Battuta est l'un des premiers théoriciens aussi des gens qui ont pratiqué la mondialisation. Son œuvre est vraiment une référence très importante qui amène ensemble le côté de l'immigration mais aussi de la migration, y compris les migrations transnationales. Parce que quand il a traversé le monde, il est rentré au Maroc. Il a fait ça au début du 14ᵉ siècle. Et puis, il est allé en Espagne, il est retourné en Espagne, il est retourné ailleurs en Afrique. Il a fait un va-et-vient qui enrichit la mondialisation et l'immigration. Les migrations également. Donc ce que j'aimerais souligner dans ce cas, c'est la richesse des cultures occidentales, mais des cultures qu'on appelle pas des cultures occidentales, mais qui ont toujours contribué et toujours enrichi le patrimoine humain en revenant encore à cet aspect d'humanisme et d'humanité. Et parce que tout à l'heure, on a dit que, on a parlé en fait, c'est toi tu m'as dit qu'il y a certaines choses que tu connais maintenant par le biais de tes voyages que tu n'as pas apprises dans le système scolaire et moi j'ai dit qu'elles ne sont pas enseignées, elles ne sont pas apprises dans le système scolaire au Canada ou ailleurs... Donc, à mon avis ce sont des éléments importants, des perspectives importantes qu'on devrait apprendre... oui, bien sûr, c'est toujours mieux par le biais du système éducatif, institutionnel sinon, donc par le biais de l'éducation populaire. Mais parle-moi plus de ça, s'il te plaît? On a soulevé cette question toi et moi en pensant, en réfléchissant sur nos perspectives sur la francophonie canadienne. Dans ton cas, je t'ai demandé qu'est-ce que ça représente pour toi la francophonie canadienne, pour toi qui es venue de la France? 

 Sandrine [00:43:19] Ah oui, la francophonie canadienne. En fait, ça aussi, je pense que...enfin en tout cas selon moi, selon mon expérience, c'est quelque chose que j'ai peut-être saisi justement par le vécu. Parce que c'est ça, je suis née en France et on sait qu'il y a beaucoup de pays dans le monde qui parlent français. On parle beaucoup de la francophonie. Je pense qu'on en est assez fiers quand même. Mais au final, d'où ça vient cette francophonie? On sait bien sûr que oui, ça vient notamment de la colonisation, mais on en parle sans trop vraiment parler. C'est un peu ambigu, mais en tout cas c'est ça. On voit la francophonie comme quelque chose de... comme une espèce peut-être de transmission ou en tout cas d'échange, d'échange entre... Peut-être comme quelque chose qui est en lien avec la mondialisation, comme tu parlais de mondialisation. Et c'est vrai que vu de la France, quand on pense à la francophonie canadienne, pour en revenir ici plus spécifiquement, on va souvent penser à Montréal. Moi, avant d'être ici, j'ai fait mon doctorat à Montréal. Donc en premier lieu, j'étais venue à Montréal pour faire mon doctorat et justement, j'ai plus ou moins choisi Montréal parce que c'était francophone, bien que je me souvienne que j'avais commencé à chercher justement.... Au début, je n'étais pas vraiment attirée par venir à Montréal quand je voulais faire un doctorat un peu au Canada. C'était pas spécialement Montréal. Je voulais plus aller dans d'autres endroits.  J'avais déjà visité par exemple Vancouver. J'avais beaucoup aimé Vancouver, donc je m'étais dit pourquoi pas. Puis finalement, je pense que justement ce sont les études, je sais plus exactement comment, mais c'est en cherchant des universités, en cherchant des programmes que j'ai vu que ce serait plus facile pour moi en tout cas d'avoir un doctorat en français plutôt que de le faire en anglais parce que là-bas ça rajoutait des années. Et puis j'étais plus déjà... c'était une reprise d'études comme j'ai dit, donc je ne voulais pas me dire que j'allais encore passer plusieurs années à étudier l'anglais pour ensuite faire un doctorat. C'était trop loin pour moi tout ça. Trop long surtout. Donc c'est comme ça que je me suis dit que j'allais aller à Montréal. Mais après on va à Montréal, puis on se dit... déjà de 1, on pense que Montréal est bilingue alors que ce n'est pas nécessairement le cas. On se dit oui, on va aller à Montréal puis on va apprendre l'anglais, mais en fait non on peut.... 

 Amal [00:46:42] Oui...

 Sandrine [00:46:45] On peut vivre en français. J'ai vécu en français pendant... bien que quand même, je me souviens que j'avais des colocataires qui...on parlait en anglais, donc c'était... Mais c'était bien plus que d'autres personnes justement, donc c'était déjà beaucoup. Mais effectivement, j'ai pu expérimenter cette francophonie canadienne, mais dans un milieu majoritairement francophone quand même. 

 Amal [00:47:26] Ça, c'est ici? 

 Sandrine [00:47:27] C'était à Montréal. 

 Amal [00:47:27] Ah oui, c'est vrai ! 

 Sandrine [00:47:27] Quand j'étais à Montréal, j'ai vraiment vécu dans un espace majoritairement francophone, mais d'un point de vue aussi de la majorité, c'est-à-dire les personnes qui ont les institutions, les institutions sont majoritairement francophones. Et en fait, on a quand même conscience de, je pense... j'avais déjà conscience qu'il y avait comme une francophonie hors Québec, forcément on l'apprend. Je dois dire que je ne connaissais pas grand-chose de l'Acadie, là, justement pour revenir plus spécifiquement à l'Acadie. Je ne connaissais pas vraiment... j'en avais entendu parler quand même. On sait que, par exemple, les Acadiens, je savais que les Acadiens étaient comme une autre population francophone du Canada qui n'étaient pas les Québécois. Tout ça, je le savais. Quand j'étais au Québec aussi, j'ai pris connaissance de cette Acadie et je suis allée en Gaspésie, j'ai pu aussi rencontrer, on va dire, l'Acadie un peu. La première fois, quand je suis allée en Gaspésie, c'était le Nord-Ouest du Nouveau-Brunswick aussi où j'avais été. Donc, c'est ça. Et en fait, il y a maintenant presque quatre ans que j'ai décidé de quitter Montréal pour des histoires d'immigration, parce que ça devenait très compliqué pour pouvoir immigrer au Québec. Donc il y a eu des changements de lois qui ont fait que... c'était en pleine pandémie en plus. Donc j'ai réalisé que si je restais au Québec, je rajoutais encore beaucoup d'années pour avoir ma résidence permanente. Donc, j'ai réalisé à ce moment-là ce qui avait changé parce que j'étais arrivée au Canada en 2014. 2014, c'était plus facile d'immigrer en tant que francophone, en tout cas, c'était plus facile d'immigrer au Québec. Mais finalement, six ans après, ça devenait plus facile d'immigrer, en tant que francophone, hors Québec. Et j'ai réalisé ça à ce moment-là. Et c'est pour ça que je me suis dit je vais aller ailleurs. J'ai presque fini mes études, j'ai presque fini mon doctorat, il me reste plus qu'à le déposer et puis voilà. Et puis à le soutenir, c'est déjà beaucoup mais en tout cas, ça me semblait peu pour tout ce que j'avais déjà fait. Donc au final, c'est comme ça que je me suis dit je peux aller où? Je peux aller où quand je vais quitter Montréal? Où est-ce que je vais aller? Puis, je n'étais pas vraiment attirée par Vancouver, ça m'avait passé. Je n'étais plus vraiment attirée par l'Ouest canadien. J'étais plus attirée par l'Est canadien, peut-être parce que j'avais déjà été en Gaspésie puis que j'avais trouvé ça.... en tout cas, les paysages étaient beaux, puis...  je ne sais pas, il y avait quelque chose qui m'attirait plus ici. Et en fait, c'est comme ça que je me suis dit bah je vais aller en Nouvelle-Écosse, à Halifax, parce que bon, ça restait une ville quand même. Et c'est là, en fait, pour en revenir à la francophonie et c'est à ce moment-là où on prend vraiment conscience de cette question d'être minoritaire, d'être en situation minoritaire francophone, en situation minoritaire au Canada, parce que même si oui, on le... mais tout ça, ça reste abstrait à chaque fois. Souvent ce genre de choses, souvent il y a beaucoup de choses qu'on peut savoir, mais ça reste abstrait tant qu'on ne les vit pas. Et c'est plus justement là, en y étant, qu'on peut constater qu’effectivement, la francophonie canadienne est très très très très complexe, parce que même quand on parle de francophones hors Québec, des fois on pense que c'est un peu homogène quand on dit ça justement, francophonie hors Québec ou communauté francophone en situation minoritaire. Mais en fait, c'est totalement différent de l'Est, en Ouest, au nord du Canada, ça n'a rien à voir du tout. Et j'ai pu aussi le constater comme j'ai travaillé dans le milieu justement de l'immigration francophone quand je suis arrivée en Nouvelle-Écosse. J'y ai travaillé quelques temps et puis là, on avait beaucoup de réunions en réseau justement quand on parlait de communauté francophone en situation minoritaire ou d'immigration francophone en situation minoritaire. Donc là, c'est vraiment un travail en réseau. On a beaucoup de contacts avec des personnes qui sont dans d'autres provinces, donc toutes les autres provinces, justement, hors Québec. Et en fait, on essaye d'avoir des expériences d'un et de l'autre qui justement ah toi, qu'est-ce que tu fais, mettons en Alberta, qu'est-ce que tu fais? Au Yukon? Mais en fait, on se rend compte en en discutant, que les situations sont totalement différentes. Même la francophonie hors Québec, au Canada en tout cas, c'est très très hétérogène comme situation. Déjà ici, il y a beaucoup... Moi, je pense que ce qui est vraiment très différent ici en Nouvelle-Écosse, puis au Canada Atlantique, dans les Maritimes, c'est la question de l'identité acadienne qui est parfois justement... en fait qui est vraiment très importante ici pour le Canada atlantique, mais qui parfois, je pense, n'est pas perçue comme quelque chose qui est vraiment déterminant pour d'autres personnes, pour d'autres francophones qui sont, par exemple, à Vancouver ou dans l'Ouest canadien. Bien sûr, il y a des communautés historiques là-bas aussi. Mais en fait, c'est ça... ici, il y a une identité quand même très forte. C'est ce que j'ai pu découvrir depuis trois ans, quatre ans. Ouais, trois ans et demi presque que je suis là. Donc, en fait on comprend vraiment.... et puis on comprend aussi ces questions identitaires, d'où ça vient? Pourquoi? L'histoire qu'il y a eu avec? Parce que là, on est vraiment aussi en situation... Les personnes ont dû vraiment se battre ici, je pense, pour avoir des services en français puis ils doivent encore se battre pour avoir des services en français. 

 Amal [00:55:27] Tout à fait. 

 Sandrine [00:55:28] Et en fait, c'est ça ma vision de la francophonie plutôt canadienne. Ce n'est pas la francophonie mondiale. Parce que je pense que, comme je l'ai dit, des fois, on connaît les concepts, mais tant qu'on ne les a pas ressentis, vécus, c'est difficile de se les imaginer. Donc je pense que déjà on se rend compte que la francophonie est très très diverse au sein du Canada et puis je pense qu'elle est aussi très diverse au sein, par exemple, du Canada Atlantique. Alors d'un point de vue mondial, c'est très très, très diversifié. Et puis au final, c'est aussi... pour en revenir aux questions d'immigration. Finalement, toute cette francophonie mondiale, on vient tous de lieux différents, des fois on peut se retrouver ici. Puis là aussi, on nous identifie comme des immigrants francophones. Mais en fait, ça veut dire quoi, parce qu'on vient de tellement d'endroits différents. La francophonie mondiale est tellement vaste qu'en fait on se retrouve tous ensemble ici même des fois dans les organisations à travailler ensemble. Mais, on se rend compte de la diversité de la francophonie justement, on s'en rend compte, on le vit. Donc, c'est comme ça en fait que moi je vois la francophonie. 

 Amal [00:57:22] Ah oui, merci beaucoup, ça c'est vraiment fascinant et ça me fait réfléchir moi aussi, ça m'encourage à réfléchir sur ma perception moi-même de la francophonie. Et ce que tu dis là, c'est ce que tu soulignes sur la francophonie canadienne, donc y compris la francophonie acadienne donc en lien avec l'acadiennité, la francophonie acadienne, donc tu es présentement en fait en Acadie, n'est-ce pas? Tu fais ton post-doc, comme tu l'as souligné tout à l'heure à l'observatoire et j'imagine, j'espère que d'autres postdoctorants et postdoctorantes nous écoutent. Donc, quels sont tes plans dans le cadre d'un programme de post-doctorat? 

 Sandrine [00:58:16] Disons que justement... moi le postdoc, j'avais envie d'en faire un quand je terminais déjà mes études de doctorat. Après, ça a pris un peu de temps parce qu'en devant changer de province, des fois il faut y trouver du travail comme on peut. Et donc c'est comme ça après qu'on peut.... mais après, il y a toujours des possibilités pour avoir des post-doctorats comme quoi ça peut toujours se présenter des fois. Et en fait, moi mes plans c'est surtout de faire donc ce post-doctorat, j'en profite vraiment pour continuer en fait des choses, pour continuer à faire des recherches qui m'avaient interpellées pendant mon doctorat parce que finalement, comme j'ai dit pendant mon doctorat, j'étais surtout intéressée au début par des questions de relations interculturelles. Je garde toujours cette question quand même de l'interculturalité, de l'inclusion. J'axe vraiment mes intérêts là-dessus. Mais il y avait des questions qui étaient apparues de mes recherches de doctorat, qui étaient axées vraiment sur le vécu des femmes, justement d'un point de vue de la transmission de l'identité ethnoculturelle. La place des femmes dans la transmission de l'identité ethnoculturelle. Et comme ces choses étaient... C'était pas spécialement un intérêt que j'avais dans mon doctorat quand je l'ai commencé. Mais c'est quelque chose que finalement, c'est arrivé à la fin, quand j'analysais mes données, quand j'écrivais ma thèse, que je me suis dit tiens, il y a quelque chose, là, que c'est intéressant, mais j'aimerais bien avoir plus de données dessus parce que là, finalement, c'est comme si c'était une question qui restait un peu en plan. Et en fait donc j'ai envie de m'intéresser... je profite de ce postdoctorat pour continuer un peu avec ces questions-là. Donc je pense que le postdoctorat, c'est un moyen en tout cas de continuer des intérêts de recherche et après ça peut changer aussi, on voit toujours, je pense que toi et moi on voit que... on prend des chemins des fois, puis après on en prend peut-être un peu un autre parce qu'on voit un intérêt qui est particulier à ce moment-là, puis on s'intéresse à une autre chose, et puis donc. Donc, moi, personnellement, c'est comme ça aussi que je vois les choses. On découvre toujours plein de choses qui sont toujours intéressantes puis on se dit oh, je pourrais m'intéresser à ça, sans pouvoir s'intéresser à tout, bien sûr. Mais quand il y a des choses qui se présentent qu'on peut aller faire des recherches dessus parce que ça nous intéresse, donc moi je vois ça comme ça pour l'instant. Je vais faire de la recherche sur des choses qui m'intéressent, qui m'amèneront peut-être à d'autres choses et ainsi de suite. Mais si comme tu as dit là, si jamais il y a d'autres postdoctorants qui nous écoutent, moi je pense qu'il faut vraiment en profiter, c'est ça pour continuer. En fait, j'y pense assez souvent. Mais je me souviens, quand j'étais au doctorat, il y avait beaucoup de professeurs qui nous disaient mais vous pensez que votre doctorat, c'est la fin? Mais non, en fait, c'est le début. Je pense que tous les directeurs de thèse disent ça à un moment donné, mais on ne le réalise pas vraiment quand on y est. Mais en fait, c'est vraiment vrai que... on se rend compte qu'on a déposé la thèse, puis ça a pris un certain temps, mais en fait ça commence, le début commence vraiment après. Ou là, il y a d'autres recherches qui se présentent... je veux dire en profiter pour faire des publications, pour rencontrer des personnes surtout, moi je pense que c'est intéressant de rencontrer d'autres personnes, de partager des intérêts et puis qui fait qu'après, bah on peut, justement, faire notre chemin selon notre intérêt. Donc c'est comme ça que moi je vois les choses. 

 Amal [01:03:30] Oui, c'est un excellent plan et une excellente perspective sur le post-doc, la culture postdoctorale. Moi aussi j'ai fait un post-doc, c'était pour un an, mais ça a été, justement comme tu le dis, une opportunité pour moi, une grande opportunité parce que ça m'a permis d'avoir une période de transition en faisant quelque chose de très important et m'a permis de réfléchir à ce que je voudrais faire après le doctorat parce que je pensais à être prof, peut-être chercheur universitaire, j'ai pensé à d'autres possibilités. Donc le post-doc m'a donné cet espace-là. Mais ce n'est pas seulement un espace de réflexion pour ce qu'on voudrait ou pourrait faire après, ça en fait partie. Mais également pour préparer ma carrière de professeur chercheur parce que je savais dans tous les cas, j'ai toujours aimé la recherche, que je voulais avoir un poste, un emploi, une carrière liée à la recherche. Donc le post-doc, vraiment encore une année, ça peut être également, même si c'est un seul là, très bénéfique. Ça m'a appris davantage la culture de la recherche dans le sens de la diffusion du savoir, surtout au niveau des publications, et ça m'a permis également de publier, y compris publier ma thèse dans un livre, faire bien sûr quelques révisions et d'élargir mes réseaux académiques et mes réseaux communautaires. Oui, donc c'est une belle opportunité qu'on pourrait vraiment en profiter. Et ça m'a permis aussi, le fait que tu fais maintenant un post-doctorat, d'avoir cet échange très fructueux avec toi. Donc pour terminer cet échange fructueux est-ce que tu as des passe-temps? Un passe-temps au pluriel. 

 Sandrine [01:05:56] J'aime beaucoup les passe-temps. J'aime beaucoup écouter la musique qui est en lien avec ça. Un de mes passe-temps que j'aime beaucoup, c'est la zumba parce que ça me libère l'esprit. Et en fait une chose justement que j'aime beaucoup beaucoup dans la zumba, peut-être ça me vient de là mais j'ai commencé à faire de la zumba quand j'étais justement au doctorat et que je me suis dit j'ai besoin de quelque chose pour me sortir de ma recherche. Puis il y avait une salle de sport qui était juste à côté de chez moi et je venais d'emménager dans un quartier, le quartier le plus multiculturel de Montréal. Et justement, pour moi, la zumba, c'est aussi ça. Ça symbolise aussi cette question très multiculturelle parce que c'était une salle de sport qui n'était que pour les femmes. Et puis donc, dans un esprit aussi peut-être un peu féministe dans le sens où on est entre nous et puis on peut s'exprimer entre nous comme on souhaite s'exprimer et très multiculturel. Et donc c'est aussi ça que j'aime justement dans ce passe-temps. Mais toi, est-ce que tu as des passe-temps? 

 Amal [01:07:22] Ce qui est intéressant en lien avec ce que tu viens de souligner, j'aime faire du yoga. Et pour également des raisons semblables. Au départ, je voulais vraiment, quand j'ai commencé à faire le yoga, de faire quelque chose à part ma thèse. À ce moment-là, j'écrivais, je rédigeais ma thèse. Mais en fin de compte, ça m'a aidée à mieux me concentrer et mieux réfléchir sur ce que je devrais faire. J'ai dû, j'ai à faire, 'avais à faire ce moment-là et ça a un impact semblable. Et parlant du yoga et de la zumba, j'ai récemment enseigné à une classe la semaine dernière sur la capoeira à la brésilienne, à l'africaine mais surtout à la brésilienne dans ce cas-là. Et donc c'est ça, on voit que ça se chevauche, n'est-ce pas? Dans ce genre, ce n'est pas seulement un sport, c'est tout un système contextualisé et culturel, spirituel, historique également, de résistance dans le cas de capoeira, contre l'esclavage. Ça peut être donc résistance contre quelque chose, résistance pour renforcer notre mieux-être. Quels sont tes plans d'avenir, plans et souhaits d'avenir? 

 Sandrine [01:09:04] Grande question. En fait moi, surtout là mon souhait c'est de faire ce que j'aime d'un point de vue très personnel, mais après, d'un point de vue plus large, j'espère quand même des fois que notre « travail », peut-être en tant que chercheurs toi et moi, que ça serve un peu à quelque chose, que ça serve à développer. Moi je garde toujours quand même cet esprit-là que, peut-être parce que j'avais fait mon doctorat aussi quand même, en lien avec les politiques locales d'équité, de diversité de d'inclusion. Donc des fois je garde, j'aimerais que justement les recherches qu'on fait en tant que professeur, tu as parlé par exemple de diffusion de la recherche avec des publications, moi j'aimerais que nos recherches puissent servir à faire peut-être de meilleurs programmes, à améliorer des programmes pour justement le bien-être des personnes, le bien-être des résidents, des habitants, de l'humanité peut-être au sens très large. Mais en fait c'est ça, je suis convaincue en fait que la recherche peut aider les choses qu'on fait sur le terrain et puis aussi que le terrain peut aider la recherche. Donc en fait, moi, c'est ça que je souhaite, là, c'est vraiment se dire que ce n'est pas nécessairement pour moi, là, pas nécessairement ma recherche, mais que nos recherches au pluriel puissent apporter des choses à la société. Et toi, qu'est-ce que tu souhaites?  

 Amal [01:12:34] Semblable à toi, je voudrais que mes recherches et comme tu le dis très bien, nos recherches collectives, se chevauchent avec des mouvements mondiaux de paix. Paix à plusieurs échelles mais y compris surtout la paix contre la guerre. Et parce que maintenant là, on est au XXIe siècle et déjà 24 ans dans le XXIᵉ siècle. Et puis il y a des guerres vraiment frappantes, très fortes, très destructives qui se produisent. Il y a chez moi, au Soudan, au Congo, en Haïti, d'autres endroits dans la diaspora noire et la diaspora mondiale également. Et c'est dommage en fait, ce n'est pas acceptable, c'est inacceptable que ces guerres se déroulent présentement. Donc mon souhait est vraiment la paix contre toutes sortes de violence, mais surtout cette violence qui ne devrait pas se produire. Et moi, j'ai beaucoup d'espoir. Mon nom, Amal, c'est au pluriel, c'est l'espérance, l'espoir et l'espérance. Et parce que je vois des gens comme toi, comme mon collègue Clint Bruce et d'autres qui font vraiment un travail fabuleux de justice sociale qui représente et incarne l'espoir et l'espérance, qui m'ont convaincue que le changement positif est possible, sinon je ne serais pas ici. Mais il est possible qu'on ait déjà soulevé un changement social positif, mais on a un chemin à parcourir. On va alors parcourir et ça va déboucher sur des résultats fructueux, y compris la paix au monde. Madame Sandrine Mounier, merci beaucoup de cet échange.  

 Sandrine [01:13:38] Merci à toi. C'est un beau mot de la fin que tu as fait. Merci beaucoup à toi. Merci pour ta visite ici à l'Observatoire. 

 Amal [01:13:51] Merci de m'avoir invitée, 

 Sandrine [01:13:53] C'est vraiment un plaisir de parler avec toi. 

 Amal [01:13:57] À moi aussi. Merci!

 Joey [01:14:01] Vous avez aimé cet épisode? Faites-nous part de vos commentaires sur les réseaux sociaux ou par courriel à crefo.oise@utoronto.ca